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Comment accélérer la présence des Data Centers en Afrique ?

Data-centers Afrique

J’ai eu la chance d’intervenir fin octobre aux Assises de la Transformation Numérique en Afrique (ATDA), dernière grande réunion de préparation sur le sujet numérique avant le sommet UE-UA qui va s’ouvrir dans quelques jours à Abidjan.

La réflexion portait sur les moyens d’accélérer la présence des Data Centers en Afrique.

Le continent en compte aujourd’hui environ 80, dont une moitié rien qu’en Afrique du Sud, pays qui reste encore atypique. Beaucoup de données africaines sont toujours exploitées hors du continent, mais pour des questions de souveraineté ou de latence, une migration massive de ces datas va s’opérer depuis l’Europe ou les USA, vers l’Afrique.

Quels pays vont rafler la mise de ce nouvel eldorado économique ? La bataille n’est pas encore jouée, et c’est maintenant que les gouvernements doivent agir pour saisir l’opportunité.

Les critères d’implantation des Data Centers en Afrique

La décision se fera selon 5 critères déterminants :

1)      Le premier critère est l’existence (ou pas) d’une frontière maritime, qui assure désormais aux pays concernés une connectivité immédiate avec le monde Internet extérieur. Beaucoup de Data Centers vont ainsi se construire à proximité des « landing stations », point d’atterrissage des câbles sous-marins, en garantissant une capacité d’échange de données maximale. Si le pays n’a pas la chance d’avoir des limites côtières, il a 2 choix : ne rien faire et laisser passer l’opportunité ou investir massivement dès maintenant dans des réseaux terrestres qui le relieront aux câbles sous-marins. Le Burkina Faso, ou le Rwanda, par exemple en ont pris conscience et ont lancé courageusement de grands projets.

2)      Le second paramètre est la langue : le pays est-il en zone anglophone ou francophone ? Il est une évidence de dire que l’industrie numérique est aujourd’hui dominée par les anglo-saxons. Les GAFAs sont tous américains, les principaux fabricants de serveurs et de stockage également, même s’ils sont talonnés par les chinois. Beaucoup d’observateurs diagnostiquent une Afrique anglophone en avance sur son homologue francophone, je rétorquerais que ce n’est pas tant grâce aux politiques locales, mais parce que pour un Microsoft ou un Google, il sera toujours plus confortable de travailler avec un pays partageant la même langue et la même culture. Les gouvernements d’Afrique francophone doivent donc transformer cette « barrière à l’entrée des anglos-saxons » en avantage, au risque d’être servis les derniers par l’industrie actuelle. En s’appuyant sur la force de leur population, ils peuvent inspirer une alternative à l’industrie informatique mondiale. Jumia est un premier exemple, à quand le Facebook de l’Afrique francophone ? Pour cela, ils peuvent aussi se tourner vers les champions numériques francophones (Orange, Atos, OVH, Blablacar, Sigfox …)

3)      La troisième question est la perception de la stabilité numérique du pays. Les opérateurs de Data Centers ont besoin d’être rassurés. Pour leurs clients, il est impératif que l’intégrité et la confidentialité des données soient garanties par l’État où ils s’installeront. En Europe, la Scandinavie a attiré les Data Centers géants (Facebook en Suède, IBM en Norvège etc…), beaucoup plus que la Russie voisine qui présente pourtant les mêmes caractéristiques climatiques. La différence se fait sur la perception du « risque ». Le Ghana sera perçu plus stable que le Nigéria en termes de cybercriminalité. Le Bénin, avec sa récente loi sur la protection des données, rassurera. Les pays africains qui pratiquent la « coupure du réseau internet » seront disqualifiés.

4)      Le 4ème point concerne la libéralisation du marché des télécommunications. La stratégie de tout acteur du Data Center est de pouvoir se connecter à un maximum de réseaux. Les grands colocateurs mondiaux sont tous « Carrier Neutral » c’est-à-dire que plusieurs dizaines voire centaines d’opérateurs réseaux ont accès à leur Data Center, multipliant ainsi les possibilités d’interconnexion pour leurs clients. Si l’opérateur historique est incontournable, cela sera un frein considérable. Tout comme il est établi qu’une faible taxation des télécommunications amène plus de développement numérique, et in fine plus de recettes fiscales, cette libéralisation sera un levier pour attirer les Data Centers.

5)      Le dernier critère est l’offre énergétique. La puissance de production énergétique africaine (150 GW, soit à peine 15% de plus que la France seule) est globalement un frein à l’arrivée des Data Centers. Le climat plus chaud peut également effrayer, car les Data Centers ont besoin d’être refroidis. Sur le dernier point, il faut remettre les choses en perspective : des Data Centers modernes construits au Maroc ou au Sénégal consommeront quasiment la même énergie que leurs équivalents européens. Nous venons par ailleurs de livrer un Data Center à Douala, au Cameroun donc dans des conditions équatoriales, qui consommera à peine 30% de plus. Ce n’est certes pas un avantage, mais ce n’est pas non plus rédhibitoire ! Et surtout il faut que les pays réfléchissent à des innovations qui pourraient changer la donne : l’Algérie, avec sa production de gaz, peut envisager des techniques de trigénération ; les pays en zone saharienne pourront tester le froid solaire ; les réserves foncières de certains États pourront autoriser des champs photovoltaïques de très grande taille pour alimenter partiellement un Data Center en énergie verte. À l’instar de la Scandinavie il y a 5 ans, l’Afrique doit innover sur ses forces et « marketer » ses territoires pour l’accueil des Data Centers. Qui sait que l’Afrique est, avec l’Océanie, le continent le moins risqué en termes de catastrophe naturelle (classement Ubyrisk) ?

La bataille n’est pas encore jouée

En conclusion, les jeux ne sont pas encore faits, et l’arrivée des Data Centers est imminente. Seuls les pays qui agiront maintenant favoriseront la croissance de leur PNB numérique (la moyenne est de 5% du PNB total en Afrique contre 22,5% à l’échelle mondiale).

C’est la raison pour laquelle nous investissons avec Cap DC dans une fédération d’ingénieries africaines spécialisées dans la construction de Data Centers professionnels.

Directeur général chez Cap dc


Publié le 04-12-2017 par LA Rédaction


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