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L’Afrique : futur géant numérique ?

L'Afrique : futur géant numérique ?

A un peu plus de 50 ans, je m’amuse toujours à expliquer aux jeunes de 25 ans que, lorsque j’avais leur âge, la Chine était considérée comme un pays « en voie de développement ». Cet état de fait, radicalement bouleversé en l’espace d’une seule génération, est une formidable promesse d’espoir pour le continent Africain.

 

Les retards technologiques d’hier permettent les innovations de demain

Il faudra d’abord, comme l‘explique l’économiste togolais Jonas Aklesso Daou, que l’Afrique développe des « canaux de diffusion positive », affirmant une contribution à la valeur mondiale, et s’appuyant sur la fierté de sa propre culture. Une fois ce « socle fondateur » établi, la nouvelle perception de l’Afrique auprès des autres acteurs permettra une véritable influence au niveau du développement économique.

L’histoire a ensuite toujours montré que les retards technologiques d’hier permettaient les innovations de demain, tout particulièrement dans l’industrie numérique.

Le leadership mondial du Kenya, et désormais de certains pays d’Afrique, dans le paiement mobile, tient en grande partie au retard qu’avait accumulé ce continent dans les infrastructures bancaires classiques (distributeurs de billets, terminaux de paiement etc…). Ainsi, la possession massive par un grand nombre de citoyens kenyans d’un téléphone mobile (plus de 90 %), a rendu évidente la logique d’utilisation de ce terminal comme infrastructure de base pour déployer les services bancaires, avec en premier lieu la fonction paiement. A l’inverse, un citoyen européen n’a jusqu’à présent jamais ressenti le besoin d’une telle technologie car son système actuel lui suffit. Ainsi, le classement économique du mobile money présentée par l’experte anglaise Alix Murphy fin 2014 montrait d’ailleurs en n°1 ….l’Afrique subsaharienne et en queue de peloton … l’Europe. Alors que M-Pesa lance au Kenya cette semaine le premier emprunt obligataire exclusivement disponible sur téléphone mobile (une première mondiale), j’observais encore en novembre dernier à Paris le membre d’une délégation ministérielle africaine, cherchant en vain comment payer depuis son smartphone, et constatant que notre pays n’était pas encore équipé ! Situation, vous l’avouerez, assez paradoxale….

 

 L’Afrique se transformera demain en leader économique par la « reverse innovation » numérique

L’Afrique se contente encore souvent de répliquer ou de déployer les innovations développées dans les autres continents, même si elle le fait désormais avec une remarquable dextérité : créé en 2012 au Nigéria, Jumia est devenu en quelques années l’Amazon africain, générant un chiffre d’affaires de 135 M€ en 2015.

Mais c’est vraiment par la « reverse innovation » numérique, à l’instar du paiement mobile,  que l’Afrique se transformera demain en leader économique.

Et le retard technologique d’aujourd’hui sera le catalyseur des solutions de demain.

Les innovations digitales se retrouveront dans la e-citoyenneté (formidable enjeu du continent face à ces 1 ,2 Milliards de citoyens), la e-santé (il y a parfois moins de 1 médecin spécialiste pour 1 million d’habitants dans certains pays d’afrique sub-saharienne) ou encore la e-agriculture (un pourcentage intolérable des productions agricoles pourrit dans les entrepôts, faute d’information « ICT4Ag » sur la logistique ou la capacité à vendre)

Ainsi, la pharmacie virtuelle sénégalaise Jokkosanté, la solution M-Pedigree qui lutte au Ghana contre les faux médicaments, la bourse sénégalaise M-Iouma de vente de fruits et de céréales, la place de marché agricole virtuelle kenyanne M-farm, sont autant d’applications digitales qui génèrent des fonctionnalités innovantes.

Un jeune entrepreneur burkinabé me parlait récemment de sa future application géo-localisée permettant à chacun de connaître l’heure d’arrivée d’un prochain moyen de transport, évitant que certaines personnes prennent des risques inconsidérés à sauter sur les bus en mouvement. En plus d’éviter des accidents, cela permettra peut-être de découvrir un futur modèle « Uber »…

En conclusion

Bien sûr, il faudra que les états africains investissent dans les infrastructures du numérique, en premier lieu les réseaux et les Data Centers, pour permettre à leur entrepreneurs de développer ces innovations. C’est la raison pour laquelle nous travaillons avec des ingénieries locales autour du modèle Cap DC.

Olivier Labbe

Directeur général chez Cap dc

 


Publié le 17-04-2017 par LA Rédaction


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